Armadillo

Armadillo

(Janus Metz)

 

 

            Après avoir rédigé son testament, Janus Metz a pu partir six mois en Afghanistan, pour filmer ce documentaire saisissant sur une guerre qui fut délaissée médiatiquement au profit de celle d’Irak. Ici, on suivra un groupe de soldats danois, de jeunes hommes que le réalisateur suivra pendant la durée de leur séjour. Entre moments d’accalmie presque insoutenables, rencontres avec les civils, et fusillades authentiques, le film traite de tous ces sujets qui passionnent les médias occidentaux. Et les procédés sont novateurs. Metz ne se contente pas de livrer un documentaire classique, caméra à l’épaule, accompagné d’une voix off plus irritante qu’autre chose. Ici, il filme comme s’il s’agissait d’un long-métrage de fiction : gros plans sur des visages désespérés, soldat centré sur l’écran, plans dignes d’une production hollywoodienne, ou encore montage dynamique brouillent les pistes et semblent indiquer une œuvre de fiction. Mais il n’en est rien : ici tout est réel il n’y a pas d’acteurs. Cette volonté apporte beaucoup ; le spectateur réalise la différence entre les fictions qui se prétendent inspirées de la réalité, et la véritable réalité. Et le constat livré est alarmant : le spectateur pourra découvrir pendant plus de quatre vingt-dix minutes que la guerre n’a rien de comparable avec ce qui est présenté, par les divers moyens de communication actuels. Le terrain est dangereux, et la vigilance doit être de mise chaque seconde. En outre, elle n’est pas faite que de batailles mortelles (comme une part importante de la population pourrait le penser aujourd’hui). Le plus souvent, il s’agira d’attendre une alerte qui ne viendra pas, ou d’aller à la rencontre de civils démunis, qui voient l’intervention étrangère comme une menace. Mais la ou ce film excelle, c’est dans l’illustration des conséquences psychologiques de la guerre. Au début, les jeunes soldats sont heureux de partir, et attendent même avec impatience les premiers affrontements. Plus les semaines passent, et plus ils sont absorbés dans un monde qui n’est pas le leur. Ils deviennent simples instruments sans conscience d’un conflit dont ils ne connaissent la cause que vaguement. Ces soldats sont déshumanisés, et trouvent du plaisir à « accomplir leur devoir ». Certains se vanteront d’avoir touché quatre talibans avec une seule grenade, d’autres d’avoir achevé ces mêmes talibans, en les regardant dans les yeux. Notons que certaines scènes peuvent être choquantes pour certaines personnes fragiles psychologiquement. Car si le meurtre des quatre talibans n’est pas directement montré, l’extraction des corps d’un ruisseau de sang, sera filmée en gros plan. D’autres scènes particulièrement difficiles sont présentes tout au long du film, soutenues par une bande-son qui amène le tragique, et qui souligne davantage la perte de l’humanité chez ces hommes. Enfin, il est regrettable que le contexte de la guerre ne soit pas suffisamment montré (et sur 250 heures de rush il y avait matière). Le film se concentre sur l’aspect humain mais oublie l’environnement politique autour, donnant un petit sentiment d’œuvre non achevée.

Ce docu/film aura le mérite d’exposer clairement, et d’une manière tristement réaliste, la guerre en Afghanistan.  Parfois difficile, parfois émouvant, il oppose la guerre à la poésie cinématographique. Renversant.

 

Armadillo :  16

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