Buried

Buried

(Rodrigo Cortés)

 

 

            Un film, un décor, un acteur. Voila comment on pourrait résumer Buried. On ne voit en effet pendant une heure et demie qu’un homme dans un cercueil enterré. Rien d’autre. Et le problème avec ce genre de films, c’est que le pari est très risqué : pour ne pas perdre le spectateur, il faut être habile, sinon c’est l’ennui assuré. Ici, la situation est simple : Paul est chauffeur de camion en Irak. Suite à une attaque, il se retrouve enterré dans un cercueil. Il a pour équipement un briquet et un téléphone portable dont la batterie se décharge rapidement. Et pour être libéré, il a une heure et demie pour trouver cinq millions de dollars. Qu’on le dise maintenant, Cortés a réussi à trouver la formule gagnante. Pas une seconde d’ennui, pas un instant d’égarement, le spectateur est transporté dans une aventure dont il ne ressortira pas indemne. La réalisation, parfaite, nous donne l’impression d’être nous-mêmes dans ce cercueil. On partage les angoisses, et les peurs du personnage (interprété par Ryan Reynolds). On en devient même claustrophobe. Les appels désespérés se succèdent, les péripéties s’enchaînent sans temps mort. Entre conversations téléphoniques dont l’issue est incertaine, et imprévus qui pimentent la tentative d’évasion du personnage, tout est la pour réaliser un thriller irréprochable. Et le scénario est riche : à chaque fois qu’un élément positif se dessine, une nouvelle barrière se dresse. Toutes les possibilités sont exploitées, et chose rare dans ce type de long-métrage, on est sans cesse surpris. Car le génie de Cortés se dessine ici : avec des pistes pourtant très réduites en matière de rebondissements, il arrive à créer des scènes parfaitement imprévisibles, et souvent réalistes. En abusant des gros plans, il nous place face à face avec Paul, comme si on partageait le cercueil avec lui. La bande-son, si elle est classique, transmet à merveille l’aspect tragique du film. Associée à des scènes récurrentes qui montrent le personnage immobile, vaincu, tandis que la caméra s’éloigne, elle crée des moments forts, poignants, qui révèlent à eux seuls la déchirure vécue. Puis vient la scène finale, véritable apothéose qui nous plonge dans une tension rarement vécue. Quelques facilités interviennent tout de même, surtout concernant l’équipement que possède Paul. Mais un film parfait n’existe pas, et ces petits défauts n’éclipsent pas l’œuvre proposée ici, qui a de plus le mérite de dénoncer les magouilles politiques du monde actuel.

Voila une belle leçon pour certains réalisateurs : il est ici prouvé qu’un film sans budget pharaonique parvient à un résultat bien meilleur. Comme quoi, au lieu de débourser des sommes exorbitantes pour un casting quatre étoiles, il faudrait les dépenser pour embaucher de bons scénaristes. Car au fond, c’est bien cela qui fait la différence entre le cinéma capitaliste et le vrai cinéma.

 

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