Takers

Takers

(John Luessenhop)

 

 

            Après The town de Ben Affleck, un nouveau film ayant pour sujet le braquage de banques arrive sur nos écrans. Pour dire vrai, on n’attendait pas grand-chose de cette production, qui se présentait clairement comme un énième film de braqueurs misant sur l’action. La première scène confirme cette impression : un braquage de la banque fédérale par une équipe de professionnels, expédiée en quelques minutes avec des facilités scénaristiques flagrantes. Le reste du long-métrage se concentre sur un coup bien plus important pour l’équipe : un détournement de fourgon. Après une première scène décevante, on imaginait déjà le pire pour la suite. Et bien la surprise est de taille : le réalisateur nous livre un thriller remarquable. Deux intrigues parallèles sont exploitées : la première met en scène la préparation du braquage par l’équipe. La seconde met en scène un duo de policiers, qui tentent d’élucider celui de la banque fédérale. Et le tout est magistral. Outre des jeux d’acteurs maîtrisés, les personnages eux-mêmes sont exploités jusqu’au bout. Aucun d’entre eux n’est oublié. Chaque braqueur à ses problèmes, allant d’une sœur droguée pour l’un d’entre eux à une intrigue amoureuse pour d’autres. Les deux policiers ne sont pas en reste : l’un est impliqué dans un vol d’argent, l’autre est constamment tourmenté. On ne tombe jamais dans le cliché, et une vraie base scénaristique est posée. Parlons de ce scénario : classique mais terriblement efficace. Chacune des deux intrigues est recherchée, et on sent un réel effort pour proposer une histoire solide et bien ficelée. De  multiples protagonistes entrent en jeu, des pirouettes imprévisibles interviennent, des mystères se créent, qui ne résolus que dans la dernière demi-heure. En même temps, le développement des personnages est réel, et le mélange de tout cela donne un ensemble scénaristique impressionnant, et criant de réalisme. L’aspect humain et social ressort, et contraste avec l’idée qu’on se faisait du film. Mais un genre comme celui-ci a besoin de ses scènes d’actions. Et même dans ce domaine, le long-métrage surprend. Les scènes d’actions sont « too much » certes, mais elles restent efficaces et toujours justifiées. Et mieux encore, elles se marient parfaitement avec l’intrigue développée. Le réalisateur parvient ici à juxtaposer scènes hollywoodiennes et scénario incroyablement riche. Le dernier tiers du long-métrage, non sans rappeler Les infiltrés de Martin Scorsese, s’approprie même le tragique. Tout bascule, plus rien n’est sous contrôle, et le ton tragique soutenu par une bande-son parfaite est superbement donné. La fusillade dans l’hôtel réalise l’exploit de mélanger action et tragédie ensembles, donnant un tout émouvant. On s’attache aux personnages, les antihéros deviennent à nos yeux des héros, et le film échappe au happy end classique, promettant une fin grandiose, ou les deux camps se rencontrent pour une ultime confrontation, très bien mise en scène.

Takers est une véritable surprise : s’appropriant avec succès une multitude de genres, il parvient à créer une atmosphère sublime. Alternant entre scènes d’action efficaces et scènes scénaristiques maîtrisées, le réalisateur nous livre une véritable œuvre, qui rappellera à de nombreuses reprises le film de Martin Scorsese. On pourra lui reprocher ses exagérations, mais elles font bien pâle figure à côté du reste. Congratulations.

 

Takers :  18

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