127 heures

127 heures

(Danny Boyle)

 

 

            Aron Ralston (James Franco) est un jeune homme sportif, et toujours décidé pour partir à la rencontre de l’inconnu. Il décide un jour de sortir, sans prévenir ses proches, pour explorer un canyon. Il connaît l’endroit par cœur, et n’hésite pas à se mettre à l’épreuve. Mais il tombe rapidement dans une crevasse, et un rocher s’écrase sur sa main, en la bloquant. Isolé, seul, presque sans ressources et incapable de se dégager, Aron va devoir trouver un moyen de survivre dans un environnement hostile. Après Slumdog millionnaire, on attendait beaucoup de cette nouvelle production signée Boyle, inspirée d’une histoire vraie. Le titre, faisant référence aux 127 heures passées par Ralston au fond du canyon avant de se mutiler du bras pour s’extirper, se suffit à lui-même pour montrer la souffrance endurée pendant tous ces jours pour le héros. Mais il avait également de quoi effrayer le spectateur : comment tenir plus de 90 minutes dans un bottle show (un seul décor) sans ennuyer ? En réalité, c’était ici le pari à tenir. Est-ce réussi ? Et bien on pourra commencer par décrire les premières scènes : on y voit Aron, en vélo dans le canyon, puis à pied, gambader et déborder d’énergie. Ces scènes utilisent un montage spécifique : tripartition de l’écran, pour plus de modernisme, est alliée à une bande-son rock, qui appuie davantage la volonté de l’œuvre d’être accessible. En réalité, malgré un décor difficile, Boyle trouve toujours le moyen de diversifier les situations, et de ne pas perdre l’intérêt du spectateur. Le héros utilisera beaucoup sa caméra pour se filmer, sorte de journal vidéo quotidien. Au fur et à mesure des jours, il commencera à perdre la tête, vaincu par une sécheresse implacable. Et en plus d’enrichir un scénario déjà convaincant, les passages en question permettent de diversifier, le temps de quelques hallucinations, la situation proposée. Le spectateur, comme le héros, à l’impression de d’évader, pour ensuite retourner inexorablement à la réalité. En outre, si le fait que le protagoniste hallucine alimente un côté dramatique, il assure en parallèle la naissance d’un comique particulièrement bien venu dans un film bottle show comme celui-ci. James Franco (dont c’est à ce jour sa meilleure interprétation) change de jeu, alternant entre comique, pathétique et tragique avec une aisance impressionnante. En clair, tout ici est fait pour rendre le film le plus accessible possible, malgré une situation spatiale dure à gérer. Mais le modernisme a ses limites, et certaines zones d’ombres sont tout de même présentes. Certes les hallucinations sont libératrices, mais elles sont trop présentes, comme si le réalisateur ne savait pas quoi mettre dans son film, et qu’il avait besoin de ces évasions pour faire du remplissage. Les péripéties réelles sont beaucoup moins passionnantes de surcroît. On est transporté au début, on soupire au milieu, on déconnecte à la fin. Le héros attend, et nous avec, une intervention extérieure, ou tout du moins une tentative. Au lieu de respecter à la lettre l’histoire vraie, il aurait peut-être été préférable de rendre le tout un brin plus surprenant. Mais bon, on ne peut pas tout avoir, et ces quelques lacunes sont vite compensées par l’originalité formelle et la force que possèdent l’œuvre.

            On a ici un film largement satisfaisant. Parfois répétitif (piège dans ce genre de productions), il redresse la barre en proposant une histoire humaine riche et dure à la fois, surtout quand on sait qu’elle a réellement été vécue, par une personne qui apparaîtra lors de la conclusion. Au fond, le principal problème du film est d’être sorti à peine quatre mois après le magistral Buried, autre bottle show beaucoup moins accessible, plus difficile, mais également plus abouti dans sa réalisation. Mais que l’on ne se méprenne pas, Franco réalise ici une prestation égale à celle de Reynolds dans Buried. Bref, c’est une très bonne pioche.

 

127 heures : 15

Créer un site gratuit avec e-monsite - Signaler un contenu illicite sur ce site

×