Au-delà

Au-delà

(Clint Eastwood)

 

 

            Existe-t-il une vie après la mort ? C’est la question à laquelle tente de répondre le nouveau film de Clint Eastwood. Trois destins vont être étudiés séparément : le premier est celle d’une journaliste française, Marie, qui va frôler la mort, en première ligne face à un tsunami. Le second est celui de George, ouvrier américain qui a le don de parler avec les morts. Le troisième est le destin de Marcus, jeune britannique choqué par la mort de son frère Jason. La quasi-totalité du long-métrage expose donc en alternance l’évolution des trois personnages, chacun de son côté. Et si le grand Clint n’a pas réellement perdu son efficacité à la réalisation, le reste est très inégal. Commençons par la partie française : après une scène d’ouverture très réussie, l’arc développe le traumatisme que subit Marie, et ses visions étranges qui l’assaillent. Le scénario est très basique, et l’histoire n’a pas vraiment d’intérêt. En outre, le jeu de Cécile de France est totalement à côté du rôle, et les émotions qu’elle tente de faire passer sont navrantes. Le style français est remanié à la sauce Eastwood, qui avec sa vision américaine, déforme la réalité. La scène dans laquelle Marie, présentatrice de France 2, mène une interview, dégage une atmosphère tellement artificielle qu’elle en devient risible. Si la partie française est le boulet du film, l’axe américain remonte considérablement le niveau. Les hésitations auxquelles est confronté George sont prenantes, et le scénario est ici solide. Des relations se nouent, des intrigues secondaires se développent : en clair le spectateur ne s’ennuie pas. Un Matt Damon grisonnant mais toujours efficace interprète avec exactitude ce personnage tourmenté. Mais le fait que le héros puisse parler avec les morts aurait mérité d’être relativisé : jusqu’à la dernière minute, on s’attend à entendre que ce n’est pas réel. Pourtant, tout est sérieux, et il n’y a aucune trace d’ironie ou de doute dans les affirmations. « Ce n’est pas un don, c’est une malédiction » prononce George, convaincu par ses propos. En clair, c’est surréaliste et ça casse tout ce qui a pu être correctement établi. Enfin, la partie anglaise est émouvante et bien construite. Mais elle sert trop de transition entre les deux autres, et reste effacée bien qu’intéressante. En revanche, les incohérences se succèdent et les facilités également.

Au-delà est un film inégal : le jeu des acteurs en est le parfait exemple, de même que les trois arcs scénaristiques, qui se rencontreront dans une fin totalement mal venue et ratée. S’il y a de bonnes initiatives, elles sont éclipsées par des défauts trop marqués pour passer inaperçus. Saluons la performance de Matt Damon, de nouveau très bon, et oublions celle de Cécile de France, souveraine dans la médiocrité.

 

Au-delà : 10

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