Harry Brown

Harry Brown

(Daniel Barber)

 

 

            A presque quatre-vingt ans, Michael Caine semble toujours en forme pour interpréter n’importe quel type de personnage. Ce nouveau film le confirme, en mettant l’acteur dans la peau de Harry Brown, un retraité, ancien des forces spéciales, qui va voir son existence bouleversée. Habitant dans une banlieue d’Angleterre, Harry a l’habitude de jouer aux échecs avec son ami. Mais celui-ci est retrouvé assassiné dans le « tunnel », un repaire de bande de jeunes délinquants. Harry va alors tout mettre en œuvre pour venger son ami. Si la réalisation est relativement classique et lente, le scénario lui ouvre des voies intéressantes. Car dans un contexte ou l’insécurité face aux jeunes est de plus en plus présente dans les débats, le long-métrage provoque une confrontation entre ces-derniers et le senior, fatigué mais efficace. Le personnage principal (héros ou antihéros, selon les prises de position) perd sa femme et son seul ami presque en même temps. Il n’a donc plus rien à perdre, et va se transformer en justicier, assassinant un par un ces jeunes voyous, qui ne vivent pas dans la même réalité. Et si l’intrigue est intéressante, elle constitue également le point noir du film. La vision de la banlieue est en effet présentée de façon très négative, tombant parfois dans l’extrémisme, au détriment du réalisme. La violence des jeunes est toujours d’une dureté rarement vue : on découvrira même à la fin que certains sont prêts à tuer à bout portant, un sourire aux lèvres. On assiste clairement à une déshumanisation de ces voyous en perte de repères. La scène de l’émeute montrera d’ailleurs toute la cruauté de ces hommes dont la vie est déjà ruinée. La mise en scène, toujours sombre, accompagne bien l’intrigue et crée une atmosphère particulière, symbole de l’insécurité constante à laquelle est confronté le héros. Mais mis à part le message, qu’en est-il du film ? Et bien il surprend, et ce positivement. Michael Caine exhibe ses faiblesses, en se confondant parfois avec son personnage, mais reste un interprète hors-pair. Il parvient à donner une âme à son personnage, affaibli, torturé, et diablement bien écrit. Les acteurs secondaires, décevants, semblent simplement boucher les trous, et ne sont en fait que des coquilles vides qui alimentent l’histoire de Brown. C’est notamment le cas des policiers, qui n’ont concrètement aucune utilité. Mais les rebondissements sont présents, et ils nous tiennent en haleine plus de quatre-vingt dix minutes durant.

            Cette production n’est pas parfaite : centralisation des intrigues, extrémisme dans les prises de position constituent les erreurs qu’il aurait fallu éviter. Cependant, le scénario est solide, la mise en scène et l’interprétation très bonnes, et le message bien présent. Et surtout, Michael Caine démontre que quel que soit l’âge, le talent est eternel.

 

Harry Brown : 13

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