Incendies

Incendies

(Denis Villeneuve)

 

 

            Une famille, une histoire, un chef-d’œuvre. Cela pourrait être le descriptif de ce film, adapté d’une pièce de théâtre. Jeanne et Simon sont deux jeunes adultes vivant au Canada. Lorsque leur mère décède, elle leur remet deux enveloppes : une pour leur père, une autre pour leur frère. Leur mission est de retrouver ces-derniers, et de leur remettre. Sauf qu’officiellement, les deux jumeaux n’ont pas de frère, et leur père est mort. Ils vont alors retracer l’histoire de la famille, et tenter de percer à jour son secret. Le long-métrage s’ouvre sur une scène qui donne tout de suite le contexte : des terroristes, en train de raser de futurs enfants soldats, qui fixent la caméra avec ce regard vide, celui d’un être qui va s’engager dans un combat qui ne le concerne pas. Puis, alternant entre flash-backs narrant la vie de Nawal (la mère), et le voyage au Liban des deux héros, Incendies plonge le spectateur dans un tourbillon d’émotions et d’interrogations, qui ne seront résolues qu’à la toute fin. On apprend que le pays est en guerre civile. Les nationalistes sont opposés aux réfugiés, les musulmans aux chrétiens. Nawal voyage pour retrouver son fils perdu, et dans des décors somptueux, le réalisateur illustre toute la cruauté d’une guerre violente et sans pitié. Elle deviendra terroriste, sera emprisonnée et violée, avant de rejoindre le Canada pour élever les jumeaux. Le scénario est complexe mais demeure cependant toujours cohérent. La recherche de la vérité conduit Jeanne et Simon à la rencontre d’une population réticente à les aider, percevant leur mère comme une traîtresse, sans que les héros, ni le spectateur, ne comprennent pourquoi. Chaque élément de réponse se dévoile progressivement, si bien que les deux heures passent en un éclair. La dureté est également une composante essentielle : Villeneuve joue ici deux cartes. Car si la beauté de l’histoire familiale est déjà exceptionnellement riche en soi, le réalisateur la mêle avec une dénonciation de cette guerre, fusionnant le tout dans une œuvre parfois difficile. Le spectateur assistera au meurtre d’un enfant par un sniper, guère plus âgé que lui. Il assistera également à l’exécution d’une fillette par un terroriste sans humanité. Les scènes dérangent mais traduisent cette violence, au sens propre comme au figuré. Tout cela jusqu’à la vérité, ultime coup de poignard pour une œuvre qui frôle la perfection.

Incendies n’est pas qu’un film. C’est une réflexion belle et émouvante sur une famille déchirée, à l’image de ce pays en ruine qu’est le Liban. Superbement interprété par de jeunes acteurs inspirés, on peine à lui trouver le moindre défaut. Et on ne se bousculera pas pour en chercher.

 

Incendies: 18

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