Les chemins de la liberté

Les chemins de la liberté

(Peter Weir)

 

 

            1940, Sibérie. Dans un goulag, camp de travail forcé soviétique, quelques détenus pensent à s’échapper, pour rejoindre la Mongolie. Un plan se met en place, et les six individus, aux personnalités bien différentes, parviennent à quitter le camp lors d’un blizzard. Mais il leur reste des milliers de kilomètres, et des semaines de voyage éprouvants pour franchir la frontière. Inspiré d’une histoire vraie, ce long-métrage se veut un hommage à ces hommes qui sont finalement arrivés en Inde, au terme de près de 6500 kilomètres de voyage. Si le projet est ambitieux, qu’en est-il réellement ? Pour commencer, parlons du scénario. Il permet de suivre les personnages dans leur trajet, et se révèle en cela très intéressant. Le désespoir, l’abandon, le courage, sont autant de sentiments contradictoires qui seront explorés dans ce film. La joie de l’évasion laisse vite place à la certitude d’un voyage interminable dont la seule porte de sortie est la mort. La majorité du film se concentre donc sur la marche. Mais c’est ici que réside la faiblesse de la production : l’ennui se manifeste rapidement, et même si le spectateur prend conscience de l’exploit humain réalisé ici, il aurait été intéressant de raccourcir le film, qui use de longueurs parfois irritantes. En outre, dans une aventure comme celle-ci, le point central est l’utilisation des personnages. Ce sont en effet eux qui vivent ce périple incroyable, et qui souffrent. Si ces souffrances sont retranscrites à merveille par des acteurs impliqués, l’écriture ne laisse quasiment aucune place au développement des protagonistes, dont certains sont carrément inutiles. On ne sait presque rien d’eux, on ne peut aucunement s’identifier, et la compassion que l’on ressent en est amoindrie. En bref, le réalisateur sabote ici le Soleil de son film, autour duquel tournent les autres astres, qui s’en trouvent ainsi affectés eux-aussi. Une erreur comme celle-ci ne pardonne malheureusement pas. Mentionnons également la réalisation, très scindée, qui repose sur des coupures constantes, et peut ainsi déstabiliser le spectateur. Chaque scène dure au final très peu de temps, et le stratagème peut devenir dérangeant à certains moments. Par exemple lorsqu’un personnage suivi depuis près de quatre-vingt dix minutes marche, et tombe d’un seul coup, sans prévenir puis se retrouve dix secondes plus tard dans une tombe improvisée. Tout s’enchaîne trop vite, et le réalisateur élimine ses personnages comme des moucherons inutiles, qui disparaissent aussi vite qu’ils sont apparus. Cela dit, l’aventure ne manque pas de qualités. En plus de présenter un voyage qu’on devine humainement impossible, elle nous place face à face avec ses hommes, impuissants, tentant à leur manière de vaincre le stalinisme. Pour finir, les paysages présentés sont clairement magnifiques. Des forêts enneigées aux montagnes du Tibet, en passant par les vastes étendues désertiques de Mongolie, les éléments de décors sont somptueux, et leur immensité rappelle à quel point les fuyards sont petits dans un monde en guerre.

En résumé, on a ici une production qui part d’une très bonne idée, avec de bons éléments, mais en grande partie mal exploitée. Oubliant de se concentrer sur l’essentiel, à savoir ses personnages, elle dérive et perd son essence. Un hommage imparfait donc, mais un hommage tout de même.

 

Les chemins de la liberté : 9

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