Même la pluie

Même la pluie

(Iciar Bollain)

 

 

            Ce n’est pas nouveau, les petites productions espagnoles gagnent en qualité d’année en année. Même la pluie confirme la règle, en nous présentant non seulement un scénario solide, mais aussi un message fort. Le long-métrage décrit les péripéties d’une équipe de tournage espagnole, qui se rend en Bolivie pour tourner un film historique sur Christophe Colomb. Sur place, ils ont besoin de figurants, qui se pressent pour participer. Mais lorsque le gouvernement décide de restreindre l’accès à l’eau pour les habitants, une révolte populaire s’organise, empêchant le bon déroulement du tournage. Le scénario présente une originalité appréciable : il ne se contente pas de reprendre les codes du genre, mais se fabrique une identité. Une vraie recherche, avec des pirouettes et bouleversements omniprésents, est effectuée. Les acteurs principaux comme secondaires excellent, et savent faire partager au spectateur des émotions. Mais le réel atout de cette production, c’est son message, suggéré à chaque scène. La richesse contre la pauvreté, le luxe contre la misère, la sur-vie contre la survie. On assiste à une rencontre entre l’équipe de tournage et les forces politiques boliviennes : on assiste à toute la cruauté humaine. Un palais dans lequel les invités boivent une coupe de champagne, et une cloison plus loin, des manifestants qui ne demandent que de l’eau pour survivre. L’opposition est constante, entre ces pays riches qui ne pensent qu’à terminer un film à temps, et ces populations pauvres qui ne souhaitent que survivre dans un monde égoïste. L’image de l’alcool est très utilisée : l’acteur principal de la fiction est alcoolique, et profite d’un breuvage de luxe parce qu’il a « soif », tandis que les locaux ne peuvent même pas conserver l’eau d’un puits qu’ils ont eux-mêmes creusés. Tout au long du long-métrage, un film dans un film est montré, avec le tournage de scènes sur Colomb et sa découverte de l’Amérique. Les messages sont les mêmes et la réalisatice montre ici que la répression coloniale dont on s’indigne aujourd’hui est toujours présente dans ces pays délaissés médiatiquement. Exploitation, corruption, domination : tant d’adjectifs qui traduisent le message d’un film humaniste, qui amène au débat. On pourra s’interroger sur la fin, un peu surprenante et hypocrite, mais elle n’éclipse en rien la richesse de cette production espagnole.

Bien loin des projecteurs hollywoodiens, Même la pluie est l’archétype de la perle cinématographique. Riche et dénonciateur, le film n’ennuie pas une seconde, et oblige à une remise en question de la société actuelle. Il est parfois naïf, parfois confus, mais toujours saisissant. N’est-ce pas l’objectif du cinéma en tant qu’art ?

 

Même la pluie : 17

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